IA DÉBAT reçoit Louis Duroulle, directeur pédagogique du MBA Marketing Digital et Intelligence Artificielle de De Vinci Executive Education. Pour cette soixantième émission, animée par Paméla Fontaine, l’enseignement supérieur sert de terrain à une question devenue difficile à contourner : comment intégrer l’intelligence artificielle sans affaiblir les compétences que les étudiants viennent précisément acquérir ?
Les IA génératives savent rédiger un texte, résumer un cours, construire un plan, reformuler une idée ou répondre à une question en quelques secondes. Pour un étudiant, la tentation est grande de déléguer à l’outil une partie du travail intellectuel. Le gain de temps est évident. Son effet sur l’apprentissage l’est beaucoup moins. L’enjeu consiste à distinguer l’assistance qui stimule la réflexion de celle qui évite l’effort nécessaire à l’acquisition d’une compétence.
Le débat touche directement aux mécanismes cognitifs de l’apprentissage. Chercher, hésiter, formuler une hypothèse, se tromper, argumenter puis corriger participent à la construction des connaissances. Une réponse immédiatement disponible crée, à l’inverse, un risque d’illusion de maîtrise : comprendre un résultat produit par une machine ne signifie pas nécessairement être capable de le produire, de l’expliquer ou de le contester soi-même. Cette question de l’illusion de compétence figure d’ailleurs parmi les thèmes relevés après l’émission.
L’arrivée de l’IA oblige ainsi l’enseignement supérieur à revoir une partie de ses pratiques pédagogiques. Un devoir dont la réalisation peut être largement automatisée mesure-t-il encore la compétence recherchée ? Les évaluations, les exercices et l’accompagnement doivent davantage observer le raisonnement, la capacité à argumenter, à vérifier une information, à confronter plusieurs réponses et à expliciter une démarche.
Le rôle de l’enseignant évolue lui aussi. Lorsque l’accès à l’information devient presque instantané, sa valeur ne réside plus seulement dans la transmission de connaissances. Il doit créer les situations dans lesquelles l’étudiant apprend à questionner, contextualiser et critiquer les réponses produites par les machines. L’humain reste alors essentiel, non pour rivaliser avec l’IA sur la vitesse de production, mais pour développer les capacités intellectuelles que l’automatisation risque précisément de rendre moins visibles.
L’objectif n’est donc pas d’écarter l’IA des études supérieures. Louis Duroulle défend au contraire son intégration dans les apprentissages, à condition d’en faire un instrument de réflexion plutôt qu’une béquille intellectuelle. Apprendre à dialoguer avec une IA, vérifier ses réponses, détecter ses limites et défendre un raisonnement différent devient alors une compétence à part entière. Pour l’enseignement supérieur, le défi dépasse finalement la maîtrise des nouveaux outils : il consiste à préserver et renforcer les capacités cognitives nécessaires pour les utiliser avec discernement.